Herbert Ross - T.R. Baskin (1971)


Perçu comme le simple artisan d’honnêtes thrillers (La nuit des juges) et de films de science-fiction (Outland) des années 80, Peter Hyams fut pourtant auteur complet, à la fois réalisateur donc mais aussi directeur de la photographie, producteur et, on a tendance à l’oublier, scénariste. Comme cela est souvent le cas à Hollywood de Paul Schrader à Michael Cimino, ses premiers scénarios ont été confiés à d’autres metteurs en scène, dont ce T.R. Baskin que signe Herbert Ross en 1971. Son ton mélancolique très éloigné des suspenses efficaces qui feront sa (petite) renommée laisse penser que la carrière de Peter Hyams aurait pu prendre une autre voie que celle, commerciale, du polar et de la SF, et se révéler plus intéressante sinon personnelle. T.R. Baskin est le nom d’une jeune femme (Candice Bergen) dont le film relate les désillusions après avoir quitté son Ohio natal pour s’installer seule à Chicago. Dans une chambre d’hôtel, elle se raconte à un homme d’affaires (Peter Boyle) qui espérait juste trouver en elle une fille pour passer la nuit. Une succession de flashbacks la suit à travers cette ville où elle se heurte à la froideur des gens, peinture d’une société déshumanisée, témoin cette immense salle pleine de dactylos que la caméra balaie en un vaste travelling. 


Les hommes qu’elles rencontrent ne la comprennent pas, du type suffisant et misogyne que lui présente sa collègue de bureau à Larry (James Caan) dans lequel elle croyait avoir enfin trouvé une âme chaleureuse et rassurante mais qui la décevra en lui glissant quelques billets dans la poche, la nuit d’amour terminée. D’abord léger quoique sarcastique, le ton change peu à peu, se fait plus triste au fur et à mesure que l’héroïne prend conscience de son isolement social. Désenchantée, la conclusion la montre qui disparaît dans la rue, avalée par la foule de passants. La mise en scène  inventive de Herbert Ross qui dirigera ensuite Woody Allen dans Tombe les filles et tais-toi (1972) ou illustrera Sherlock Holmes attaquer l’Orient-Express (1976) sert d’écrin à une Candice Bergen formidable de naturel, laquelle prête sa silhouette longiligne un peu raide et son charme narquois à cette jeune femme touchante dans sa solitude. Elle est pour beaucoup dans la réussite de T.R. Baskin, très joli film dont on comprend mal qu’il n’ait satisfait ni Herbert Ross ni la critique... (04.11.2025) ⍖⍖⍖


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