Anthony Page - Absolution (1978)


Tourné en 1978 entre l’audacieux Equus de Sidney Lumet et le quelconque La percée d’Avranches d’Andrew V. McLaglen, Absolution est un des films les plus obscurs de Richard Burton alors même qu’il se révèle être un des plus intéressants de sa fin de carrière. L’oubli auquel il a été condamné s’explique par son échec commercial, par ailleurs assez prévisible. Son rythme lent, surtout dans sa première partie, ainsi que sa conclusion, expéditive, ont certainement déçu le public qui, trompé par la présence de Burton qui venait d’incarner un rôle un peu similaire de prêtre dans L’exorciste II et une ambiance diabolique, pensait peut-être y butiner un film fantastique un peu facile dans le sillage de La malédiction et consorts. A tort évidemment. Il est pourtant bien question de mal et de démons dans Absolution mais ceux-ci n’y revêtent pas une apparence surnaturelle mais au contraire intérieure. Le mal gangrène même tout le film, tapi derrière le visage angélique du pervers Benjamin Stanfield (Dominic Guard, vu dans Le messager de Losey) ou disgracieux d’Arthur Dyson (David Day Bradley, l’inoubliable Billy dans Kes), souffre-douleur en mal d’affection qui rumine sa haine et ourdit sa vengeance. Le mal toujours et la culpabilité rongent le père Goddard dont le dégoût que lui inspire Dyson ou l’attirance malsaine qu’il peine à contenir pour Stanfield, son favori, s’accordent mal à la figure de modèle et de guide spirituel que sa fonction est censée lui dicter. 


Enfermée dans l’enceinte d’une école catholique perdu dans la campagne anglaise qui rappelle par son austérité celle de If…, l’œuvre baigne dans une religiosité sombre et rigide, écrasée par une atmosphère viciée de laquelle suinte une homosexualité pour le moins équivoque. L’ambiguïté trouble de protagonistes qu’enserre un rapport de domination inversé pourrait porter la marque d’Harold Pinter mais c’est à Anthony Shaffer que l’on doit le scénario d’Absolution dont le nom, associé à Frenzy d’Alfred Hitchcock, au Limier de Joseph Mankiewicz et à The Wicker Man de Robin Hardy, sonne comme la promesse d’intrigues tordues. Il semble avoir été mécontent du résultat, reprochant au réalisateur Anthony Page d’avoir apporté beaucoup de modifications à son matériau, notamment cette fin qui nous prend par surprise. Peu connu, à l’exception relative de Jamais je ne t’ai promis un jardin de roses et du remake d’Une femme disparaît, Page livre pourtant une mise en scène brillante qui s’appuie sur la photographie froide et automnale de John Coquillon (Les chiens de paille) typique du cinéma britannique des années 70. Dans un type de rôle charismatique et masochiste qu’il affectionnait, Richard Burton s’est particulièrement investi dans le film. Plus sobre (à tous points de vue) que dans la suite de L’exorciste ou que dans La grande menace (1978), il est impressionnant, son regard magnétique suffisant à exprimer le supplice du père Goddard dont le Diable habite les péchés et les tourments qui le puniront et le perdront. Plus proche de The Servant que d’un simple film fantastique, Absolution est un thriller fascinant à découvrir impérativement. (19.11.2025) ⍖⍖⍖


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