John Boorman - L'exorciste 2 : L'hérétique (1977)


Considéré comme le premier blockbuster moderne, L’exorciste ne tarde pas à aiguiser l’appétit des producteurs, entre plagiats purs et simples (Abby de William Girdler, L’antéchrist de Alberto De Martino) et films d’épouvante dans la même veine (La malédiction, Audrey Rose). Bien sûr, la Warner n’est pas en reste et sollicite rapidement William Peter Blatty pour imaginer une suite à son  roman. Friedkin occupé par le tournage du Convoi de la peur, c’est finalement John Boorman qui tente de relever l’impossible défi. Quand bien même il était le premier choix du studio pour réaliser l’œuvre originelle, on ne peut que se demander ce que le Britannique est venu faire là, surtout après Délivrance (1972) et Zardoz (1974). Et malgré – ou à cause – des énormes moyens mis à sa disposition, il échoue à faire de L’exorciste 2 un film à la hauteur des attentes qui, échec cuisant au box-office, trimbale depuis lors une réputation exécrable. A sa décharge, Boorman dut composer avec les caprices de star de Linda Blair et l’alcoolisme chronique de Richard Burton qui interprète le père Lamont, tout en regard bleu acier plus inquiétant que protecteur, rappelant le romancier fou doué de pouvoirs télékinésiques qu’il incarnera quelques mois plus tard dans La grande menace (1978). 


Reconnaissons aussi à Boorman la louable ambition d’avoir cherché à faire un film différent de celui de Friedkin, en développant une approche plus métaphysique au détriment de la trouille. Au surplus, tout n’est pas à jeter dans cette séquelle. Les premières scènes dans la clinique sont saisissantes, certains plans, plastiquement magnifiques (cette église écrasée au milieu des buildings, les paysages africains, plus mystiques que réalistes). Mais ses qualités ne suffisent pas à sauver L’hérétique du (presque) ratage car plombé par un symbolisme aussi lourdingue qu’envahissant (les sauterelles), des dialogues parfois empesés et une fin totalement grotesque. A l’arrivée, on devine que Boorman hésite entre ce que la Warner attendait de lui (un vrai Exorciste bis) et ce que lui-même souhaitait faire, une œuvre plus psychologique qui questionne le rapport de la modernité à la survivance du spirituel. Dans ces conditions, le film ne pouvait contenter personne (sauf la critique Pauline Kael dont les voies étaient décidément impénétrables), à commencer par William Peter Blaty qui, mécontent du résultat très éloigné de ce qu’il avait conçu, réalisa sa propre suite, L’exorciste III (1990)… (23.12.2024) ⍖⍖


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