Il serait tentant d’affirmer que Jeanne, papesse du diable, est un titre français trompeur, annonçant un de ces films érotico fantastiques typiques du cinéma bis des années 70. Ce qu’il n’est donc pas. Pourtant, ce titre traduit à bien des égards l’ambiguïté de ce portrait d’une femme qui, au moment où les fils de Louis Le Pieux se disputent l’Empire Carolingien, devient pape en se faisant passer pour un homme, sous le nom de Jean VIII. D’un côté, en s’emparant de cette figure légendaire dont aucun historien sérieux ne reconnaît l’existence, le film se veut clairement féministe. Il interroge, discrètement toutefois, la place de la femme dans la société du haut moyen-âge et au sein de l’Église, où elle n’est rien, objet de butin sexuel ou simple nonne. On tremble de ce qu’un cinéaste actuel, biberonné au wokisme, ferait d’un tel sujet qui se prête à un féministe totalement anachronique. Cependant, de l’autre, Jeanne nous est présentée également dans toute son ambivalence, à la fois sainte et pécheresse. Petite fille, elle défie déjà les hommes en lisant la Bible non sans une forme de lubricité dans le regard. Devenue jeune femme, elle perd sa virginité en se faisant violer par des moines mais semble y prendre finalement du plaisir. Plus tard, amoureuse du futur Louis le Germanique, elle se masturbe honteusement après l’avoir vu céder aux avances d’une autre nonne. Et ce sont finalement ses démons charnels qui la trahiront et la perdront. Possédée dans sa chair, elle est bien la papesse du diable. Dans cette illustration équivoque réside le principal intérêt d’un film qui n’est pas exempt de faiblesses par ailleurs.
Assurant le rôle-titre, Liv Ullmann n’y est pour rien, au contraire, avec ce mélange de sévérite toute bergmanienne et de désirs refoulés. Nous n’en dirons pas autant d’un Maximilian Schell (jamais très convaincant de toute façon) aux allures de Peter Sellers. Sans doute aussi que Michael Anderson n’était pas le réalisateur le plus approprié pour un tel sujet. Si en s’appuyant, comme toujours, sur une excellente direction artistique (la salle de l’ancien Vatican) et la photographie de Billy Williams qui par moments se pare de teintes quasi picturales (les plans sur la campagnes anglaises), il parvient à capter la brutalité obscure de cette époque où voisinent christianisme et paganisme sur fond de barbarie (le pillage du couvent par les Saxons), fidèle au révisionnisme ambiant qui démythifie alors le film historique (Le seigneur de la guerre, Alfred le Grand, vainqueur des Vikings, La vallée perdue), il échoue en revanche à insuffler folie et passion chez cette femme pourtant exaltée, fille de prédicateur écartelée entre la foi et le sexe. Franco Nero (Louis le Germanique), Trevor Howard (Leon IV), André Morell (Louis le Pieux), Olivia de Havilland, Patrick McGee et Lesley-Anne Down bétonnent une distribution de qualité qui ne suffit toutefois pas à sauver le film d’une certaine platitude austère. Que nous sommes loin des Diables de Ken Russell… (24.11.2025) ⍖⍖
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