Œuvre majeure de Michelangelo Antonioni aux côtés, du Désert rouge (1964), Blow Up (1967) et Profession : Reporter (1975), Zabriskie Point est un film plus fascinant que véritablement passionnant. Il se veut aussi, malgré les apparences, plus poétique que contemplatif. Le maître italien cherche à capter l’ambiance de l’Amérique de la fin des années 60, entre révolte étudiante sur fond de conflits raciaux et société de consommation dévorante, moment bien particulier où l’esprit révolutionnaire agonisant et l’espoir d’un nouveau monde cèdent face au capitalisme et à l’individualisme. Comme Easy Rider dont il est contemporain et auquel il est fréquent de le comparer (à tort), Zabriskie Point livre une peinture très pessimiste, non seulement de l’Amérique mais du monde moderne. Il s’accroche à un couple, à la fois symbolique de la jeunesse américaine (que celui-ci porte les prénoms des deux comédiens, Mark Frechette et Daria Halprin, n’est en cela pas anodin), mais aussi nouveaux Adam et Eve qui s’échappent du béton urbain, brutal et consumériste, pour rejoindre un Eden paisible et rocailleux. Ce n’est d’ailleurs non sans ironie que la Vallée de la mort, aride et inhospitalière, devient ici un refuge paisible autant que le berceau possible d’une nouvelle humanité. Mark et Daria y font l’amour, rapidement rejoint par d’autres couples en un happening érotique célèbre, que soulignent les mélopées hallucinées de Jerry Garcia. Mais tout cela relève du fantasme, du rêve, tout comme l’explosion finale qu’imagine la jeune femme, métaphore apocalyptique d’une société de consommation détruite, punie. Il n’en est rien toutefois, balayant le maigre espoir d’un monde meilleur, d’un nouveau départ. Il est déjà trop tard.
De là le désespoir que répand Zabriskie Point, œuvre de son temps qui a donc vieilli. La vision de l’Amérique de la fin des années 60 déjà simpliste sinon manichéenne à l’époque, opposant gentils hippies et ordre bourgeois blanc réactionnaire, l’est encore davantage aujourd’hui. Evidemment vilipendé par la Droite, le film n’a pas été non plus mieux accueilli par les progressistes. Si la sincérité de Antonioni, homme de gauche, ne serait être remise en question, sa description des AG étudiantes biberonnées à Marx et Mao, donne pourtant l’impression qu’il se fout de leur gueule tant il les dépeint de manière caricaturale cependant que les jeunes sont réduits à des fumeurs de joints qui écoutent du rock. Reste la forme, éblouissante, virtuose, aux plans surcomposés même, qui hantent depuis l’imaginaire des cinéphiles et dont l’influence sur le nouvel Hollywood est évidente. On devine une mise en scène extrêmement élaborée où chaque détail, même – et surtout – en arrière plan, a son importance. Comment ne pas penser à La mort aux trousses lorsque le petit avion vole au-dessus de la Daria ? Au cadre serré sur les visages s’oppose l’immensité de décors naturels magnifiés, accentués, par la maîtrise de la Panavision. Rarement un réalisateur aura su capter l’âme de cette géographie immense et rocailleuse quand bien même ce coucher de soleil final paraitra aujourd’hui très cliché cependant que la force de ces images doit aussi beaucoup (tout ?) à une bande-son exceptionnelle. Que serait en effet l’explosion terminale sans le "Come In Number 51, Your Time Is Up" de Pink Floyd, relecture de "Careful With That Axe, Eugene", tiré de Ummagumma… Ennuyeux, Zabriskie Point un film (culte) en définitive plus intéressant à analyser qu’à regarder... (15.12.2025) ⍖⍖
.jpg)


Commentaires
Enregistrer un commentaire