Si les fins de carrière des réalisateurs sont souvent difficiles, celle de Richard Quine, solide spécialiste de la comédie américaine (Le bal des cinglés, Adorable voisine, Une vierge sur canapé), s’avère particulièrement décevante. Après Comment tuer votre femme (1965), son dernier bon film, il s’égare ainsi entre pantalonnade westernienne (A Talent For Loving), évocation poussive de la prohibition (La guerre des bootleggers) ou remake inutile (Le prisonnier de Zenda). Si, thriller barbouillé d’une couche de giallo où un couple est terrorisé par un mystérieux psychopathe qui signe ses méfaits par un « W » ensanglanté, il se présente sous un jour plus favorable, W ne fait en vérité que confirmer un déclin que rien ne semble alors plus pouvoir enrayer, à peine freiné par les trois épisodes de Colombo qui sont confiés au cinéaste. D’ailleurs, W ressemble davantage à un produit TV qu’à un vrai film. Certes honnête, la mise en scène de Richard Quine est dénué de style sinon de personnalité, à la manière étriquée de n’importe quel tâcheron du petit écran. Un scénario machiavélique aurait pu compenser cette mise en image par trop fonctionnel et rendre le film malgré tout palpitant.
Las, passé une première demi heure intriguante et modérément prometteuse qui culmine avec la mort des chiens, quoique peu surprenante, W traine en longueur, multipliant en vain les fausses pistes alors que l’identité du tourmenteur ne fait aucun doute, jusqu’au dénouement aussi grand-guignolesque que ridicule. Les acteurs ne sont pas plus convaincants, Michael Witney et Twiggy (mariés à la ville), en tête, lui insignifiant, elle peu à l’aise dans un univers inquiétant trop éloigné du Swinging London dont elle fut l’égérie. Davantage qu’un Dirk Benedict (SSSSnake, Galactica et surtout « Futé » dans L’agence tous risques) qui ne fait pas tellement dans la demi-mesure en ex-mari névrosé, ce sont John Vernon et surtout Eugene Roche dans la peau d’un détective aussi louche qu’envahissant, qui accrochent l’attention dans des rôles secondaires lesquels, de surcroît, contribuent à relancer timidement une intrigue paresseuse. Loin du suspense hitchcockien que son affiche promet de façon un brin tapageuse, W déçoit à tous les étages, morne thriller à l’électroencéphalogramme désespérément plat. A noter que, curieusement, il fut produit par Mel Ferrer pour le compte de la société de Bing Crosby, plus heureuse avec Ben (1972) et Justice sauvage (1973) de Phil Karlson… (23.11.2025) ⍖
.jpg)


Commentaires
Enregistrer un commentaire