En 1981, un homme qui se fait appeler Avner raconte au journaliste George Jonas l’histoire de l’opération Colère de Dieu, traque vengeresse et clandestine des terroristes palestiniens qui ont exécuté les athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich de 1972 par le Mossad. De cette confession incroyable, Jonas tire un livre en 1984, Vengeance, qui sera porté deux fois à l’écran, d’abord par Michael Anderson en 1986 puis par Steven Spielberg en 2005 (Munich). L’adaptation signée Anderson est tournée pour la télévision où l’Anglais consacrera l’essentiel de son travail à partir de 1980, les rares longs métrages qu’il réalisera à cette époque ressemblant d’ailleurs eux même plus à des téléfilms gonflés aux hormones (Meurtre par téléphone) qu’à des films pour le cinéma. Son format étiré – presque trois heures – lui permet de prendre son temps. Trop peut-être et après une entame relatant le massacre des JO et ciselée avec toute l’urgence nécessaire, il faut attendre que le commando des cinq agents secrets soit lancé pour que l’ensemble s’emballe vraiment. Ceci dit et en dépit de ses quelques longueurs et baisses de régime, Sword Of Gideon ne manque pas d'atouts, de sorte qu’il demeure captivant. On suit donc le recrutement de l’équipe internationale autour du dénommé Avner (Steven Bauer qui a gagné du galon depuis Scarface), un peu à la manière d’un thriller, chaque membre ayant une spécialité à faire valoir. Livrés à eux-mêmes et ne pouvant compter sur aucun soutien logistique de la part des commanditaires, ces hommes sont expédiés dans diverses capitales européennes (Rome, Paris...) à la recherche des onze terroristes Arabes. Tendue et haletante, la seconde partie qui voit les agents pris à leur tour pour cible et se font zigouiller les uns après les autres, témoigne que Michael Anderson conserve encore un sens aigu du suspense. Par exemple, orchestrée de main de maître, la longue séquence qui démarre avec l’attentat à la voiture piégée et s’achève par la mort de Michael York dans leur planque parisienne, tutoie l’habileté technique d’un De Palma.
L’émotion, soulignée par la partition dramatique de George Delerue, n’est pas éconduite d’un récit qui, bien que certainement romancé, privilégie l’authenticité au spectaculaire, prenant soin de ne pas occulter ni les états d’âme moraux de ces hommes chargés de venger Israël ni la pression imposée par les commanditaires. Distillant une ambiance de films d’espionnage froide et paranoïaque, l’œuvre insiste aussi sur le rôle trouble d’un mystérieux réseau français d’informateurs et de logisticiens, à la tête duquel, sorte de « Parrain » surnommé Papa, on est surpris de retrouver Lino Ventura, pour son avant-dernière apparition à l’écran (la dernière sera dans La Rumba de Roger Hanin). Il n’a toutefois pas grand-chose à se mettre sous la dent et on se demande ce qui a bien pu le convaincre de participer à ce téléfilm, lui qui se montrait si exigeant dans ses choix. En revanche la composition ambiguë de Rod Steiger se veut plus intéressante. A ce titre, la distribution où figurent quelques Français tels que Laurent Malet et Cyrielle Clair, de prime abord peu engageante et modeste (à l’exception des vétérans embauchés comme guest stars), fonctionne plutôt bien. Citons notamment Colleen Dewhurst qui compose une très convaincante Golda Meir. Aussi solide soit-il, Vengeance reste malgré tout un téléfilm, format étriqué par nature, qui souffre désormais de la comparaison avec le mastodonte de Steven Spielberg, forcément plus ample et efficace mais il a pour lui sa simplicité fort à-propos car mieux adaptée à une opération de longue haleine exécutée dans le secret et la clandestinité. (21.01.2026) ⍖⍖
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