Chef de file du mouvement néo-prog anglais des années 80, Marillion noue plus d’un lien avec son modèle de toujours, Genesis. Des albums raffinés pensé comme un tout, de la musique aux paroles en passant par la pochette ; un chanteur charismatique et théâtral, parfois davantage proche de l’acteur que du vocaliste lambda ; et une même trajectoire vers un art de plus en plus commercial. Et comme son aîné l’a fait jadis, Marillion se frotte avec Misplaced Childhood à l’exercice périlleux du concept-album et ce, bien avant la référence du genre, le très surestimé Operation : Mindcrime de Queensrÿche. Ambitieux, ce troisième opus s’inscrit de fait dans un cadre bien défini ; il en respecte les invariants : toutes les chansons, comme autant de chapitre d’une histoire, s’enchaînent les unes aux autres ; les ambiances sont multiples – joyeuses par moment (« Kayleigh », le sésame du groupe vers le succès public), le plus souvent mélancoliques voire douloureusement tragiques (« Bitter Suite », « Blind Curve ») – soulignant ainsi les étapes du récit. Plus que jamais et nonobstant le remarquable travail musical de Steve Rothery (guitares), Mark Kelly (claviers), Pete Trewavas (basse) et Ian Mosley (batterie), le principal instigateur du groupe demeure Fish.
Comme The Wall fut l’œuvre de Roger Waters plus que celle de Pink Floyd, Misplaced Childhood, toute proportion gardée bien entendu, s’impose comme le jardin secret du géant, même si celui-ci n’est responsable que des textes et que le disque reste le fruit d’un vrai groupe. Mais les paroles semblent tellement autobiographiques puisant dans les grumeaux de son existence (le fait que l’homme les signe à la fois sous son pseudonyme et en recourant à son véritable nom – Derek W. Dick – n’est pas anodin) que l’album se révèle indissociable de la personnalité de l’Ecossais. Moins progressif que ses deux fabuleux prédécesseurs (Script For A Jester’s Tear et Fugazi), il alterne titres très courts, placés comme des balises de transition, et pures chansons travaillées à la manière d’orfèvres. Misplaced Childhood, dont il constitue sans doute l’apogée artistique, démontre que Marillion est définitivement une des plus brillantes formations de sa génération. Classe, talent, inspiration sont les mots qui résument le mieux une entité détentrice d’un univers riche qui lui est propre. On tient là certainement une des clés de sa réussite. (29.09.2007) ⍖⍖⍖


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