Mourning Beloveth - A Disease For The Ages (2008)


Nonobstant de réelles qualités d’écriture, A Murderous Circus en a néanmoins déçu plus d’un. Trop long, le disque souffrait en outre d’un manque de cohésion, de concision. Les fans de la première heure vont donc se taper une pignole à l’écoute de cette quatrième échappée car avec intelligence, bonheur (façon de parler bien sûr) et panache, Mourning Beloveth dévie quelque peu sa trajectoire pour négocier un retour en arrière aussi miraculeux que miraculé. Les oripeaux plus dark (voire gothic) qui endeuillaient son prédécesseur n’ont donc plus court sur A Disease For The Ages qui évoque de fait davantage A Sullen Sulcus et surtout le séminal Dust. Au programme, cinq titres oscillant entre 8 et 13 minutes environ qui forgent ce doom death minéral qui n’appartient qu’aux Irlandais, n’en déplaise aux pisse-copies ne voyant en eux qu’un ersatz de My Dying Bride dont on pourra pourtant chercher longtemps la moindre trace dans leur art. Dès le monumental « The Sickness », on se retrouve scotché au mur par un son à décorner un buffle, concocté par Markus Stock (aka Schwadorf du défunt Empyrium), un son organique, qui vit, à la fois clair et massif à l’image d’une musique dont la puissance granitique est proprement écrasante. Miné par des riffs telluriques qui semblent porter tout le désespoir d’une vie pleine d’amertume et de regret, cette longue plainte est une forteresse dont les fondations aux profondes ramifications s’enfoncent dans une tristesse infinie. 


Sans surprise mais avec réussite, le groupe y égrène son art, basé sur cette alternance jamais mécanique entre chant caverneux et voix claire, deux véhicules dont l’issue tragique est identique, encadrée par des guitares qui érigent un mur des lamentations sonores que fissurent parfois quelques rares rayons de soleil (les lignes finales, belles comme un chat qui dort). Manière pour le groupe de rassurer d’entrée de jeu. La suite est à l’avenant. « Trace Decay » prend des allures de descente directe à les abîmes, distillant une gravité pétrifiée dans la souffrance. « Primeval Rush » ouvre les vannes d’une mélancolie absolue. Il faut avoir soi-même souffert pour être toucher par un tel cri de désespoir. Il faut être un dur sans cœur pour ne pas retenir une larme durant les premières minutes. Ecrite à l’encre grise, la seconde partie prend à la gorge et aux tripes, plombée par une rythmique implacable. Ces pavés mortuaires déversent une litanie de regrets que l’on ne cesse de ruminer, de fautes qui ne peuvent être oubliées ni expiées, d’un repentir infini. Il y a quelque chose de profondément religieux dans cette musique austère qui invite à l’introspection, à regarder sa vie défiler sur l’écrin écaillé d’un plafond plongé dans l’obscurité d’une nuit pluvieuse et sans étoiles. (2008) ⍖⍖⍖

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