Après une remarquable série de rôles comme méchants (L’arnaque, Les pirates du métro, La rose et la flèche) ou secondaires mais cultes (Les dents de la mer), Robert Shaw retrouve le haut de l’affiche avec Le pirate des Caraïbes, qu’il ne faut bien entendu pas confondre avec la pathétique franchise à succès des studios Disney. Réalisé par le sous-estimé James Goldstone, qui a surtout besogné à la télé (Rawhide, L’homme de fer) mais dont garde un excellent souvenir du Toboggan de la mort (1977), Swashbuckler se révèle à bien des égards être un film très curieux. Curieux il l’est déjà parce que totalement anachronique dans le paysage cinématographique des années 70 où proposer une aventure maritime avec pirates, gros échant et duel à l’épée paraît commercialement ô combien risqué. Le succès ne fut d’ailleurs certainement pas au rendez-vous. Curieux, il l’est aussi par son personnage principal, pirate truculent et surtout amoureux auquel Robert Shaw confère sa force plus mélancolique que virile. Loin de la fougue des Errol Flynn (L'aigle des mers) et autre Paul Henreid (Pavillon noir), il apparaît à la fois dans toute sa faiblesse et son cynisme. La révolution, l’injustice ou la défense des gueux intéressent moins le capitaine Lynch que l’appât du gain. Ce n’est pas Robin des Bois. Et s’il accepte d’aider Jane Barnett à faire libérer son père, c’est moins par idéal que par amour.
Curieux, Le pirate des Caraïbes l’est également en cela qu’il hésite entre l’hommage nostalgique et l’envie de briser les codes du genre Le personnage féminin incarné par Geneviève Bujold témoigne de cette hésitation, femme au fort tempérament qui ne craint pas d’affronter les hommes mais qui les laisse se battre entre eux plutôt que de ferrailler l’épée à la main. La faire défier en duel le cruel gouverneur eut été audacieux plutôt que de la réduire à une simple spectatrice. Dommage. Curieux, il l’est toujours pour son méchant (étonnant Peter Boyle), sanguinaire mais ridicule, pédéraste entouré d’une cour étrangement muette que composent en autres une Angelica Huston bizarre ou ce jeune éphèbe aux mains pourvues de griffes en metal. Flirtant parfois avec la parodie (confer le rôle tenu par Beau Bridges), Le pirate des Caraïbes est une tentative de renouer avec le film d’aventures d’autrefois attachante quoique maladroite, car emprunt de la démythification de son temps. (22.01.2024) ⍖⍖
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