Alors qu’il avait déjà incarné une sorte de Zorro dans l’excellent La tulipe noire de Christian-Jaque une dizaine d’années plus tôt, quel besoin avait donc Alain Delon d’endosser le rôle du justicier masqué inventé par Johnston McCulley ? Il s’en est expliqué en affirmant avoir tourné ce film uniquement pour faire plaisir à son fils Anthony. Et sans doute, s’est-il amusé à casser quelque peu son image en interprétant un Diego pleutre et maniéré. Mais au vrai, et quand bien même il se montre à l’aise dans le rôle, on n’a pas tellement envie de voir Delon dans le costume de Zorro, le préférant froid, plein d’une morgue mélancolique, plutôt que dans ce registre tirant sur la farce. Mais le fait est aussi que, pour des générations de cinéphiles et d’enfants, le personnage se confondra finalement toujours avec Tyrone Power (au cinéma) et Guy Williams (à la télé), au point d’éclipser tous les autres comédiens, même les plus fameux, ayant enfilé le légendaire masque noir. Le film de Duccio Tessari n’en reste pas moins très agréable, rappelant au passage que suite au succès de la série produite par Disney, les Italiens se sont pris d’une étrange passion pour Zorro qu’ils ont mis à toutes les sauces, western (Zorro le renard), parodie (Il Sogno Di Zorro avec le pitre Franco Franchi), parfois même d’une façon franchement improbable (Zorro contre Maciste !).
Tessari avait dirigé Delon dans Big Guns en 1973 mais cette fois-ci le plus grand acteur du monde fut, semble-t-il, moins satisfait du travail assuré par le réalisateur auquel siéent davantage, il est vrai, les séquences d’action et plus particulièrement le long et anthologique duel final que la comédie. Bref, un peu à l’image de la bande originale des frères De Angelis, très belle parfois (Ortensia’s Capture) mais souvent agaçante et aujourd’hui très datée (To You Mi Chica, Zorro is Back). Entre la séduisante Ottavia Piccolo (qui retrouve le Alain après La veuve Couderc), Moustache en sergent Garcia, Giacomo Rossi Stuart et Giampiero Albertino (qu’on reverra la même année aux côtés de la star française dans Flic Story) se dresse le regretté Stanley Baker qui, en méchant, oppose à Delon sa présence puissante. Delon n’était certainement pas Zorro mais le film compte malgré tout parmi les bonnes adaptations du héros masqué, illustrant par ailleurs la vaste palette du comédien qui à cette époque enchaîne des œuvres aussi diverses que, excusez du peu, Les seins de glace, Le gitan, Armaguedon ou Monsieur Klein. Rares sont les comédiens de ce calibre qui peuvent prétendre à un tel éclectisme. (25.10.2024) ⍖⍖
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