Richard Fleischer - Terreur aveugle (1971)


L’Angleterre réussit bien à Richard Fleischer. Peu après le malsain L’étrangleur de Rillington Place (1970) qu’il est permis de considérer comme un des joyaux d’une carrière aussi riche qu’éclectique, il revient déjà dans la Perfide Albion pour filmer dans la campagne du Berkshire la traque éprouvante d’une jeune aveugle par un psychopathe. Le scénario est signé Brian Clemens, ce qui ajoute à l’intérêt de Terreur aveugle. Si on pouvait attendre plus inventif de la part du créateur de la série Chapeau melon et bottes de cuir que ce récit élémentaire où l’identité et la motivation du tueur importent finalement assez peu, l’œuvre se doit avant tout d’être appréhendée comme un exercice style, thriller viscéral réduit à sa plus pure et terrifiante expression. Renouant avec la fièvre criminelle de ses débuts (Le pigeon d’argile, Le traquenard) après les deux « étrangleurs (de Boston et de Rillington Place), Richard Fleischer adapte habilement sa mise en scène, remarquable à bien des égards, à la cécité de son héroïne et qui culmine lors de la longue scène durant laquelle celle-ci déambule dans le vaste cottage que jonchent les cadavres de sa famille, vaquant à ses occupations sans se rendre compte de l’horreur de la situation. Contrairement aux spectateurs auxquels de petits détails disséminés peu à peu, donnent une avance par rapport à la jeune femme. Une gourmette sur le sol, des bris de verre dans la cuisine, le corps de la tante qu’on devine en arrière plan derrière une porte entre ouverte nous révèlent progressivement ce triple meurtre dont la découverte par Sarah est repoussée au maximum. Virtuose, la caméra balaie cet intérieur faussement rassurant en multipliant travellings et panoramiques, jouant sur la profondeur de champ, pour distiller une terreur paroxysmique. 


Evidemment, See No Evil joue aussi sur la vulnérabilité de l’héroïne induit par son handicap qu’elle ne maîtrise pas encore, proie facile pour un tueur que l’absence de mobile clair rend plus inquiétant encore. On perçoit la détresse de cette femme, perdue dans les ténèbres, martyrisée, souillée mais mue par un courage et une détermination farouche à survivre. La performance de Mia Farrow (dans un de ses meilleurs rôles), exceptionnelle dans sa gestuelle et sa manière de se mouvoir, de se déplacer, lui doit beaucoup. Si la caractérisation du meurtrier, identifié par ses bottes le rapproche du giallo, cependant que son ambiance morbide annonce le Frenzy (1972) d’Alfred Hitchcock, Terreur aveugle noue surtout une proximité avec Les chiens de paille de Sam Peckinpah sorti la même année voire aussi avec La traque (1974) de Serge Leroy avec lesquels il partage une façon identique d’enraciner l’horreur dans un cadre rural où maraude constamment une menace sourde et masculine, terrain brutal de toute une géographie sociale, permanence d’une lutte des classes séculaire. En dépit de quelques facilités (Steve qui retrouve Sarah un peu trop rapidement), Terreur aveugle s’impose comme une œuvre jubilatoire, bien davantage que Seule dans la nuit (1967) de Terence Young au sujet voisin. Réalisé entre Les complices de la dernière chance et Les flics ne dorment pas la nuit, le film confirme alors le regain de forme de Richard Fleischer. (19.05.2025) ⍖⍖⍖


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