Richard Fleischer - Les complices de la dernière chance (1971)


Les complices de la dernière chance devait marquer les retrouvailles entre John Huston et George C. Scott après Le dernier de la liste (1963) et La Bible (1966). Mais dès le début du tournage en janvier 1971, leur relation devient vite orageuse. L’acteur reproche au cinéaste d’avoir apporté au scénario des modifications qui ne le satisfont pas et ordonne le remplacement de Tina Aumont par sa future femme Trish Van Devere dans le rôle de Claudie. Huston n’étant pas vraiment du genre à s’écraser, il démissionne quelques semaines plus tard. Si Richard Fleischer est finalement embauché, il n’aurait pourtant pas paru absurde de voir George C. Scott prendre directement les commandes d’un film qu’il considère comme le sien. D’ailleurs, à l’instar d’autres acteurs au caractère autoritaire tels que Kirk Douglas ou Burt Lancaster, il jouera au metteur en scène le temps d’un seul essai, Rage en 1972. En définitive, The Last Run porte la marque de chacun d’eux. D’une part, écrasant et quasi de tous les plans, le comédien lui impose bien sûr sa virilité bourrue. D’autre part, le fond reste néanmoins très hustonien dans sa fatalité crépusculaire quand bien même le réalisateur de Quand la ville dort n’en est pas officiellement l’auteur. Enfin, la forme, nerveuse et riche de ce cadre large qui est sa signature, doit tout à Richard Fleischer lequel de surcroît entre ici de plain-pied dans les années 70 et leurs néo-polars pleins de ces héros fatigués au volant de bagnoles lancées dans un voyage cabossé aussi initiatique que géographique. Comme Don Siegel dont il est de la même génération, Fleischer a su parfaitement s’adapter aux codes tant esthétiques que dramatiques du nouvel Hollywood sans pourtant renoncer à un certain classicisme. 


A travers des paysages abruptes mis en lumière par le chef opérateur de Bergman, Sven Nykvist, il orchestre ce road-movie vrombissant et désenchanté dont les inévitables – et remarquables – poursuites s’accompagnent d’une quête intérieure tragique. En quelques scènes, Harry  Garmes nous est présenté. Ancien chauffeur pour le Milieu, il entretient une passion fusionnelle presque organique pour sa vieille BMW avec laquelle il semble ne faire qu’un. On apprend qu’il a perdu son fils et sa femme qui l’a plaqué peu après, mais pourquoi a-t-il échoué dans ce village de pêcheur du Sud du Portugal ? Que fuit-il ? Davantage qu’un héros fatigué, il est en vérité déjà mort et ce dernier contrat, conduire un meurtrier évadé et sa nana jusqu’en France, lui sert moins à prouver qu’il est encore dans le coup que de point final d’une vie qui n’a plus aucun sens. L’entente avec Paul Rickard, tueur tête à claques, n’est pas évidente, néanmoins Garmes finit par s’accrocher à ce couple dans lequel il trouve une boiteuse famille de substitution. Mais il est déjà trop tard pour lui, il le sait. Après leur avoir confié sa voiture comme quelqu’un se sachant condamné confie son enfant avant de mourir, il se sacrifie pour Paul et Claudy qui eux, ont encore un avenir. La double mort de Garmes et de son bolide est évidemment symbolique. Après des années 60 hésitantes, où le meilleur (Le voyage fantastique, L’étrangleur de Boston), côtoie le moins heureux (L’extravagant docteur Dolittle, Che !), L’étrangleur de Rillington Place et Les complices de la dernière chance ouvrent une nouvelle période faste pour Richard Fleischer qui enchaînera ensuite, excusez du peu, Terreur aveugle, Les flics ne dorment pas la nuit, Soleil Vert, Mr Majestyk ou Mandingo. (13.05.2025) ⍖⍖⍖


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