Le gouffre qui sépare Mandingo (1975) de Ashanti (1979), qui tous les deux abordent la question de l’esclavage, par l’entremise de sujets totalement différents certes, illustre le déclin de la carrière de Richard Fleischer en l’espace de quatre ans. Alors que le premier est une œuvre puissamment radicale dans sa description brutale et sordide d’une plantation du sud des Etats-Unis au XIXème siècle, le second dilue le thème pourtant ô combien passionnant du trafic d’esclaves et sa permanence moderne dans une simple aventure africaine. A sa décharge, Fleischer a récupéré le film en cours de route suite au limogeage de Richard C. Sarafian (Point limite zéro, Le convoi sauvage) survenu après deux semaines de tournage, avant de se voir lui-même écarté du montage final. Si ce n’est pas la première fois qu’il ait appelé à la rescousse pour sauver un projet mal embarqué (on se souvient des Complices de la dernière chance commencé par John Huston), il ne peut cette fois-ci rien face à un scénario caricatural et fainéant qui, avec ses stéréotypes ambulants (touareg aux yeux clairs, marchand d’esclaves à la chair lasse, prince arabe distingué) et la nudité racoleuse d’une Beverly Johnson qu’il se sent obligé de foutre à poil, croit adapter un roman de gare de Gérard de Villiers. La musique (in)digne d’une série TV américaine n’aide pas non plus à prendre au sérieux cette histoire de médecin en mission en Afrique qui part à la recherche de sa femme enlevée pour être vendue.
Bien que la dénonciation de l’esclavage moderne (dont il ne reste pas grand-chose à l’arrivée) et l’occasion de diriger de grands comédiens l’ont sans doute motivé à remplacer au pied levé Richard C. Sarafian, Fleischer n’imprime néanmoins à aucun moment – ou si peu – son empreinte à ce film qu’il exécute avec une efficacité purement fonctionnelle. Toutefois, Ashanti n’en offre pas moins un spectacle agréable. Le grand chef opérateur Aldo Tonti, que le réalisateur retrouve dix-huit ans après Barabbas (1961), magnifie la beauté des paysages naturels africains qu’il éclaire à l’aide d’une palette tour à tour chaude ou aride. Et le plaisir de revoir Rex Harrison, William Holden, quoique fatigués, ou Peter Ustinov qui réussit l’exploit d’être (presque) convaincant en Arabe (!), rachète la prestation d’un Michael Caine qui, malgré un capital sympathie intact, ne force quand même pas son talent. D’ailleurs, celui-ci n’a jamais caché tenir cette bobine pour une des plus mauvaises dans lesquelles il a joué aux côtés de Jeux pervers (1968) et de L’inévitable catastrophe (1978), jugement sévère et injuste car l’Anglais fera bien pire dans les années 80 et 90 que ce Ashanti certes mineur et un peu raté mais somme toute divertissant. (16.06.2025) ⍖⍖
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