Troisième film de Michael Anderson, Hell Is Sold Out est une comédie romantique, (sous) genre qui ne figure pas parmi les spécialités d’un cinéma britannique davantage enclin à conjuguer l’humour aux questions sociales plutôt qu’aux tourments du cœur. L’œuvre n’étonne pourtant pas tant que cela de la part du réalisateur dont Waterfront, tourné l’année précédente, sous ses allures sordides d’un pré kitchen sink realism, penchait déjà nettement vers la romance dramatique. Le point de départ est assez abracadabrant. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une femme se fait passer pour la veuve d’un romancier, Dominic Danges, dont elle publie un livre posthume, en vérité écrit par ses soins. Jusqu’au jour où l’écrivain, qui n’est pas mort, réapparaît et découvre la supercherie. L’arrivée de son ami Pierre Bonnet, rencontré dans un camp de prisonnier, et qui tombe rapidement sous le charme de sa fausse épouse, installe ensuite le récit dans un triangle amoureux certes classique mais très plaisant.
Quoique tiré d’un bouquin, "Satan refuse du monde" de Maurice Dekobra ("La Madone des sleepings", "Macao, l’enfer du jeu"), Hell Is Sold Out aurait pu tout autant avoir pour origine une pièce de théâtre, son récit ne prenant jamais l’air hors de la maison de l’écrivain ou du bar hébergeant Bonnet comme pianiste, ce qui contribue à lui donner un caractère un peu statique, toutefois atténué par la photographie tout en profondeur de Jack Asher, qu’on n’attendait pas dans ce registre en noir et blanc, lui le futur maître de la couleur agressive chez la Hammer dont il contribuera à fixer l’identité visuelle. Le film repose donc avant tout sur son formidable trio de comédiens dans des rôles plutôt à contre-emploi. Autour de Mai Zetterling, actrice suédoise plus connue comme réalisatrice pionnière du cinéma féministe à partir des années 60 (Les amoureux), au charme fou et à l’interprétation toute en regards et silences, gravitent Herbert Lom et Richard Attenborough. Alors abonné aux personnages louches (Les forbans de la nuit), le premier étonne en jouant sur la séduction, ombrageuse toutefois. Quant à lui habitué jusque là à incarner les voyous fiévreux de petite envergure (Le gang des tueurs), le second attire la sympathie, attachant dans la peau du brave copain auquel on s’identifie et qui sacrifie son amour pour le bonheur de celle qu’il aime. Le film s’achève ainsi sur une note un peu amère tant nous aurions souhaité que la belle Valerie eût préféré le tendre garçon au déplaisant mais ténébreux Dominic... Reste une comédie romantique très agréable à tout le moins.(12.08.2025) ⍖⍖
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