Remarqué grâce au Briseurs de barrages (1955), fleuron du film de guerre britannique et après avoir porté à l’écran le 1984 de George Orwell avec une réussite mitigée, Michael Anderson se retrouve aux commandes du Tour du monde en 80 jours. Cette adaptation de Jules Verne est produite par Mike Todd. Ce n’est pas un détail. En effet, celui-ci venait de mettre au point le procédé Todd-AO, qui rappelle un peu le Cinerama, malgré une technique différente. Utilisé une première fois avec Oklahoma ! (1955), on a l’impression tenace que Around The World In 80 Days a été uniquement conçu pour en faire la promotion durant presque trois heures, comme le suggèrent certaines scènes dont c’est clairement le seul but (l’arrivée de Passepartout à travers les rues londoniennes par exemple). Ce qui fait de Todd le véritable auteur du film, davantage que Michael Anderson, employé comme un simple technicien. Gros moyens, gros succès, plusieurs Oscars et Golden Globes (dont celui, étonnant, de meilleur acteur dans une comédie pour Cantinflas), une pléiade d’invités (nous y reviendrons) et pourtant une déception à l’arrivée. A l’aventure riche en péripéties et en suspense promise, c’est plutôt un voyage touristique qui nous est proposé, sans vrai danger ni embûches. Sans souffle non plus.
Fort de décors soignés et d’une photographie chatoyante, Le tour du monde en 80 jours se suit avec un ennui poli que seuls ses innombrables guest-stars viennent rompre en un défilé impressionnant et ludique, au point d’en faire, avec le recours au procédé suscité, la principale raison d’être du film. Ainsi et nonobstant un David Niven parfait en Phileas Fogg, rigide et obstiné, incarnation du gentleman anglais, seul le plaisir d’identifier et de retrouver tous les acteurs convoqués, souvent pour une unique scène (Frank Sinatra, Marlene Dietrich, Buster Keaton en contrôleur de train, forcément) maintient l’intérêt. Impossible d’ailleurs de tous les citer, de Fernandel à Peter Lorre, de John Carradine à Victor McLaglen, de Martine Carol à Charles Coburn ou sir Cedric Hardwicke. Bien sage, Shirley MacLaine s’avère très sous-employée (elle avait pourtant déjà joué dans Mais qui a tué Harry ? d’Hitchcock) mais, en membres du Reform Club contre lesquels Philéas Fogg prend le pari de faire son tour du monde en 80 jours, Robert Morley, Trevor Howard et Finlay Curie forment un groupe savoureux de snobisme, lui aussi très anglais. Agréablement surannée, l’œuvre a vieilli, contrairement à 20 000 lieues sous les mers, autre adaptation de Jules Verne, plus vivante et palpitante celle-ci… (08.09.2025) ⍖⍖
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