Quelques années avant M.A.S.H., Catch 22 et surtout de De l’or pour les braves, auquel on pense beaucoup, ne serait-ce déjà du fait de la présence de Carroll O’Connor dans un rôle de général assez similaire, il y a eu Qu’as-tu fait à la guerre, papa ? dans ce registre joyeusement antimilitariste. Dans les années 60, le temps n’est plus à glorifier l’héroïsme et l’armée avec un patriotisme cocardier (hormis chez John Wayne évidemment) mais à railler la guerre et les officiers. Ainsi, les hommes de la Compagnie C sont non seulement débraillés mais surtout fatigués, usés par les combats. Ils sont commandés par un lieutenant guère plus concerné qu’eux. Tous semblent avoir échoué là, dans une guerre dont ils n’ont que faire. Passé un générique qui annonce un film sérieux, le ton est rapidement donné. Le petit village sicilien qu’ils sont chargés de raser est en fête ; nos (pas si) héros ne se feront pas trop prier pour y prendre part, entre match de foot, picole et jolies filles. Tourné durant la période la plus inspirée et jubilatoire de la carrière de Blake Edwards qui enchaîne entre 1961 et 1965, excusez du peu, Diamants sur canapé, Allô, brigade spéciale, Le jour du vin et des roses, La panthère rose et sa suite Quand l’inspecteur s’emmêle puis La grande course autour du monde et après qu’il ait échoué à porter les adaptations de Fahrenheit 451 et de La planète des singes, respectivement réalisés par François Truffaut et Franklin J. Schaffner, Qu’as-tu fait à la guerre, papa ? déçoit pourtant.
On attendait mieux et plus drôle de la rencontre entre le cinéaste et James Coburn qui, après Notre homme Flint, commence alors à peaufiner son charisme décontracté, cool et séducteur. Ils se retrouveront en 1972 à l’occasion - elle aussi un peu manquée - du curieux Opération clandestine. Malgré une idée de départ amusante, le film finit par ennuyer, enlisé dans une première partie interminable qu’anime un clone de Tony Curtis, Dick Shawn (le doublage de Michel Roux n’est sans doute pas pour rien dans cette comparaison). La suite se révèle néanmoins plus réjouissante, lorsque James Coburn et ses hommes doivent mimer la guerre, avant un dénouement plus tendu et musclé qui confirme la capacité de Blake Edwards à maîtriser tous les genres, le film de guerre donc comme le polar (le déjà cité Allô, brigade spéciale) ou plus tard le western (Deux hommes dans l’Ouest). Reste que dans cette veine militaire et gentiment irrévérencieuse, on préfère Opération jupons plutôt que cette farce assez mineure où seul Harry Morgan se distingue en major délirant et crédule. (13.10.2025) ⍖⍖
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