Pink Floyd - Wish You Were Here (1975)


Tout commence par des nappes de synthétiseurs contemplatives, belles comme les premiers instants du jour qui se lève lorsqu'une brume matinale le drape encore de son voile mystérieux. Puis, la guitare aérienne de David Gilmour fait son apparition, permettant à "Shine On Your Crazy Diamond (part One)" de décoller. Au bout de près de 9 minutes, la voix de Roger Waters surgit enfin, avant de céder sa place à un saxophone déchirant de beauté. 13 minutes de pur bonheur pour débuter un des albums majeurs de Pink Floyd. 13 minutes à savourer dans le noir en fermant les yeux. 13 minutes majestueuses pendant lesquelles, grâce à la magie d'une groupe au talent exceptionnel, l'immensité du ciel est à notre portée. Composé de cinq morceaux, Wish You Were Here s'arc-boute en fait sur les deux segments divisant "Shine On Your Crazy Diamond", qui,  placés en début et en fin de parcours, en forment le pivot. Entre ces deux longues pièces progressives, trois titres au format plus conventionnel se succèdent : le glacial "Welcome To The Machine", l'efficace "Have A Cigar" et le sublime et intimiste "Wish You Were Here", d'une fausse simplicité. Avec intelligence, Pink Floyd ne se contente donc pas de cracher une resucée de son œuvre précédente, le fameux Dark Side Of The Moon, laquelle l'a pourtant définitivement imposé comme un des groupes les plus importants de son temps. 


Au contraire, comme ils l'ont toujours fait, les Britanniques continuent à aller de l'avant, à explorer tout le spectre musical à leur disposition, à plonger dans l'inconnu, même si leur musique tend peu à peu à devenir plus accessible, et sensiblement plus mélodique. Wish You Were Here amorce de fait un virage peut-être davantage commercial (tout est relatif bien entendu), ce que son prédécesseur laissait d'ailleurs timidement entrevoir Nous sommes loin désormais de la folie créatrice et expérimentale de Atom Heart Mother ou de Meddle. mais ce qu'elle perd en originalité, la musique du groupe le compense par une beauté décuplée.  Le diptyque "Shine On Your Crazy Diamond", apothéose d'un disque exemplaire, n'est-il pas à ce titre ce que Pink Floyd à offert de plus beau, de plus pur ? Les fans de la première heure ne seront certainement pas de cet avis, mais il n'empêche qu'avec une désarmante facilité, le combo parvient encore à transcender son art. Combien de formation, aussi talentueuses soient-elles, peuvent-elles en dire autant, après avoir enfanté plusieurs chefs-d'œuvre à la suite ? Soyez-en sûr, celles-ci s'avèrent peu nombreuses. (11.02.2007) ⍖⍖⍖⍖

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