Bien qu'il demeure une de ses œuvres les plus fameuses, The Wall est-il pour autant un album de Pink Floyd ? Certes, la patte du groupe britannique est bien présente. De même, la voix de Waters tout comme les parties de guitares de David Gilmour s'avèrent immédiatement identifiables. Mais le fait est qu'il s'apparente davantage à un disque de Roger Waters que de Pink Floyd, ce dernier en ayant composé l'essentiel (nous y reviendrons) tandis de Gilmour, Nick Mason et Richard Wright donnent l'impression de n'être que des exécutants. Surtout, cette mise en abime, cette plongée introspective dans la vie d'une rock star au faîte de sa gloire se pare d'évidents éléments autobiographiques, contribuant à faire The Wall, une œuvre très personnelle, derrière laquelle la personnalité de Roger Waters ne peut que se dessiner. Cette remarque posée, il importe de souligner l'immense richesse d'un disque déchirant de beauté et de noirceur, qui s'est imposé très tôt comme le plus formidable concept-album de l'histoire du rock, et dont la mise en image par Alan Parker deux ans plus tard n'a fait que renforcer la puissance émotionnelle et l'impact.
Il faut dire que tout a été mis en œuvre pour concrétiser la folie créatrice de Waters : groupe au firmament de son art, recours à une orchestration dirigée par Michael Kamen et le producteur Bob Ezrin et une histoire d'une densité démentielle, qui plonge peu à peu dans l'obscurité la plus sombre, brassant des thèmes aussi importants que l'enfance, l'éducation, la guerre et la mégalomanie rampante qui gangrène les stars du rock, le tout sur un double album à la pochette épurée devenue aussi culte que l'œuvre dont elle est le support. Il va sans dire qu'il est préférable d'appréhender The Wall dans sa globalité plutôt que par petites touches, quand bien même certains titres émergent plus que d'autres, citons notamment le triptyque "Another Brink In The Wall", lequel résume presque à lui seul ce pavé divisé en 26 segments, "Mother", l'aérien "Empty Spaces", les boulversants "Hey You" et "Is There Anybody Out There ?" ou bien encore l'épique "Confortably Numb". Pourtant, en dépit de son incontestable qualité, d'une ampleur peu commune et de son ambition, The Wall ne parvient pas à surpasser les précédentes offrandes du groupe ; et il est donc permis de lui préférer ces chefs-d'œuvre magiques et intemporels d'une foisonnante créativité, que sont Atom Heart Mother, Meddle, Dark Side Of The Moon, Wish You Were Here et Animals.(09.02.2007) ⍖⍖⍖


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