Richard Fleischer - Child Of Divorce (1946)


Premier film de Richard Fleischer qui n’a jamais caché le considérer comme l’un de ses préférés, Child Of Divorce semble à première vue n’augurer en rien de la future carrière du cinéaste, modeste drame intimiste bien loin des polars et autres films de genre qui l’imposeront à partir des années 50 parmi les techniciens les plus doués de sa génération. Pourtant, outre le fait qu’il est poinçonné de très belles idées de mise en scène annonçant déjà en cela un grand cinéaste (l’ouverture sur l’intérieur de la maison de poupée, la caméra placée en haut de la rampe du toboggan, la petite fille se dirigeant vers le juge…), le film surprend par la modernité de son sujet pour l’époque (nous sommes en 1946 !), le divorce vu à travers les yeux d’un enfant, qu’il analyse avec cette finesse sociologique et cette justesse psychologique qui feront plus tard tout le sel des œuvres majeures à venir telles que La fille sur la balançoire, Le génie du mal ou même L’étrangleur de Rillington Place. Cette modernité se double d’un refus de tout manichéisme, au contraire d’un Kramer contre Kramer que ce thème délicat nous évoque évidemment. Child of Divorce ne prend jamais parti pour l’un des deux parents dont chacun a sa part de responsabilité dans cet échec, même si le père paraît tout d’abord attirer davantage l’empathie. 


La mère entretient une relation extra-conjugale parce qu’elle se sent malheureuse aux côté de son époux qui la délaisse et la prend pour une boniche, cependant que ni l’un ni l’autre ne semblent tellement avoir envie de s’occuper de leur progéniture. A la fin, l’école où celle-ci est envoyée, s’apparente finalement plus à un orphelinat qu’à un pensionnat. Malgré l’espérance que symbolise la fenêtre ouverte à travers laquelle, la jeune fille rêve de la famille aimante qu’elle formera plus tard, aucun happy end ne vient réellement conclure ce film qui réussit à capter, sans pathos appuyé mais non sans tendresse et amertume, l’incompréhension, le sentiment d’abandon et la douleur de l’enfant écartelé entre ses deux parents et leurs nouveaux conjoints respectifs, devant subir les brimades, les moqueries des autres gamins. Une mise en scène d’une grande liberté, un scénario habile (la scène où Bobby découvre que sa mère a un amant), des comédiens peu connus mais toujours justes (Madge Meredith dans le rôle de la mère et surtout la petite Sharyn Moffet) justifient que Child Of Divorce soit réévalué à sa juste place, galop d’essai qui malgré les apparences présageait bien en définitive de la fascinante carrière de Richard Fleischer. (04.05.2025) ⍖⍖


Commentaires

Random posts

En vrac

Plus d'éléments

Goddess

Accueil