S’il demeure un de ses films les plus méconnus (et atypiques), Sacré printemps n’est toutefois pas sans importance dans la carrière de Richard Fleischer et ce, pour au moins trois raisons. Premièrement, produit par Stanley Kramer pour le compte de la Colombia, il annonce la fin du contrat qui liait le réalisateur à la RKO depuis ses débuts en 1946 et pour laquelle il tournera encore L’énigme du Chicago Express la même année avant de rejoindre la Fox pour une longue période. Deuxièmement, Sacré printemps lui permet de diriger pour la première fois des acteurs réputés (Charles Boyer, Louis Jourdan, Marsha Hunt) alors qu’il n’avait jusqu’à présent eu à sa disposition que des comédiens de série B, solides au demeurant (Charles McGraw). Troisièmement, comédie tirée d’une pièce de théâtre, The Happy Time démontre déjà qu’il peut s’adapter à d’autres genres que le polar qui a fait sa renommée et à des sujets divers et parfois insolites (Drame dans un miroir, L’extravagant docteur Dolittle). Un peu oublié aujourd’hui, Sacré printemps mérite donc la découverte, portrait d’une famille canadienne (la VO ponctuée de mots français est un délice pour les oreilles) totalement loufoque confrontée à la puberté du fiston, « Bibi », interprété par Bobby Discroll, enfant star dont c’est le dernier rôle important avant la déchéance puis la mort sinistre en 1968.
Les hommes y sont tous portés sur bagatelle et/ou la Dive bouteille. Il y a le grand-père (Marcel Dalio, savoureux), toujours vert, qui estime qu’il n’y a pas plus belle mort qu’entre les bras d’une femme. Il y a ensuite le père (Charles Boyer), plus sage en apparence mais qui n’est pas indifférent aux charmes de Mignonette la nouvelle bonne. Il y a également les deux frères, Desmond (Louis Jourdan), le dragueur lourdingue, et Louis (Kurt Kasznar), marié à une mégère et constamment aviné (ceci expliquant sans doute cela). Au milieu, la mère (Marsha Hunt) reste digne en toutes circonstances et Mignonette (Linda Christian alors épouse de Tyrone Power) doit subir la drague de Desmond sous l’œil du petit dernier qu’elle aussi rend tout chose. C’est normal, c’est le printemps. Comédie guillerette plutôt coquine pour l’époque The Happy Time s’amuse de répliques aux connotations sexuelles à peine voilées (« la canne qui se dresse ») et de situations gentiment scabreuses qui ne dépareilleraient pas dans une comédie pour ados des années 80. De là le caractère très moderne de ce film qui sacrifie toutefois à la bonne morale : à la fin, un Desmond assagi découvre qu’il est réellement amoureux de Mignonette tandis que Bibi remarque enfin sa voisine qui, débarrassée de son appareil dentaire, n’est finalement pas si moche que cela... (06.05.2025) ⍖⍖
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