Richard Fleischer - Drame dans un miroir (1960)


Drame dans un miroir est étonnamment un des films les plus difficiles à voir de Richard Fleischer. Ainsi, il ne paraît pas avoir encore bénéficié d’une édition en DVD et semble boudé par les pourtant nombreuses chaînes cinéma. Seule une version en anglais et dans une mauvaise copie par surcroît, circule sur le net. On aurait pu penser que sa prestigieuse distribution lui aurait promis une visibilité plus grande. Sa valeur somme toute relative explique peut-être pourquoi ce n’est pas le cas. Nous sommes en 1960, le puissant producteur de la Fox Daryl F. Zanuck vit une relation aussi passionnée que houleuse avec notre Juliette Gréco dont il s’entête à faire une star d’Hollywood. Du propre aveux de la chanteuse, elle n’y mettra jamais les pieds, tournant ces quelques films américains en Europe et surtout en Afrique (Les racines du ciel, Le grand risque) !  Adaptation du roman éponyme de Marcel Haedrich dont Zanuck s’est abusivement attribué le scénario alors qu’on sait aujourd’hui qu’il a en réalité été écrit par Jules Dassin que la chasse aux sorcières a condamné à la disgrâce, Drame dans un miroir a été clairement été bâti pour et autour de la « Muse de Saint-Germain-des-Prés ». Comme Orson Welles et Bradford Dillman, elle y tient tour à tour un double rôle. 


Elle est d’abord Eponine Mercadier, une femme prolétaire qui tue son vieil amant aviné Hagolin (Welles) sous le regard complice de son nouvel amoureux (Dillman). Mais elle est aussi la riche Florence, épouse de maître Lamoricière qu’elle envisage d’assassiner avec l’aide de son amant, Claude, propre assistant de l’homme de loi, que Welles et Dillman incarnent respectivement. Davantage que son intrigue criminelle, l’intérêt du film réside dans ce double triangle amoureux, variation sur un même thème qui entend démontrer, non sans naïveté que les origines sociales ne suffisent pas à expliquer la violence puisque les mêmes desseins meurtriers animent aussi bien les pauvres que les nantis. Bien qu’artificiel, ce procédé en miroir est habile, alternant les deux récits qui se répondent avant de se croiser. Louons également la performance troublante de Juliette Gréco qui, tout en séduction nocive et en sexualité sourde, nous fait penser qu’il s’agit de deux actrices différentes. Ludique et intéressant, Crack In the Mirror n’en demeure pas moins ennuyeux et peut surprendre dans la carrière de Richard Fleischer qu’on préfère aux commandes d’un polar ou d’un film d‘aventures, quand bien même cette étude de caractères a toute sa place au milieu de La fille sur la balançoire ou du Génie du mal. Après avoir réalisé entre autres et en l’espace de quatre ans des films aussi variés que Bandido Caballero, Le temps de la colère, Les Vikings ou Duel dans la boue, il confirme dans tous les cas sa maîtrise technique et son aisance dans tous les sujets. (24.04.2025) ⍖⍖


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