Richard Fleischer - Don Angelo est mort (1973)


Durant la première moitié des années 70, Richard Fleischer enchaîne les grands films comme d’autres les perles au rythme d’un ou deux par an. Entre Les flics ne dorment pas la nuit (1972) et Soleil Vert (1973), il livre Don Angelo est mort. Mal aimé, il est courant de rabaisser de celui-ci au rang de sous Parrain, que Coppola vient de tourner avec la réussite que l’on sait. Certes, il est évident que la Universal a cherché à surfer sur le succès de The Godfather. Bien sûr, la comparaison entre les deux ne joue pas en la faveur du Fleischer (qui, de toute façon, pourrait prétendre rivaliser avec Le parrain?). Mais c’est pourtant faire un mauvais procès à The Don Is Dead que de vouloir le comparer avec ce qui ne peut l’être tant les deux films ne possèdent ni la même ampleur ni la même ambition. Ni la même histoire d’ailleurs, puisque ce ne sont pas les membres d’une seule famille qui se déchirent ici mais ceux de trois clans différents. De fait et nonobstant une certaine dimension shakespearienne dans cet affrontement, Don Angelo est mort se révèle plus proche du pur polar que de la tragédie voulue par Coppola. Mineur peut-être (et encore), il ne se hisse pas moins largement au dessus des Cosa Nostra (Terence Young), Cercle noir (Michael Winner) et autres films de mafia italiens eux aussi usinés dans le sillage du Parrain


S’il ne parvient pas cette fois-ci à injecter au matériau de Christopher Trumbo et Marvin H. Albert, ses propres préoccupations, tant psychologiques que sociales, Richard Fleischer livre néanmoins un travail impeccable, fort de son immuable science du rythme comme des cadrages qui permet au récit se de dévider, implacable dans sa mécanique. Technicien réputé, on ne rappellera jamais assez quel grand directeur d’acteurs il est également, capable de canaliser des grandes gueules comme Jack Palance (Che!), George C. Scott (Les complices de la dernière chance, Les flics ne dorment pas la nuit) ou au cas présent, Anthony Quinn (dont il avait déjà tiré le meilleur dans Barabbas douze ans plus tôt), en patriarche attachant dans sa vulnérabilité, loin donc de son jeu appuyé habituel. Ainsi, Don Angelo est mort doit beaucoup de sa force à ses comédiens et aux rôles qu’ils tiennent, de Al Lettieri, lui aussi étonnamment sobre (davantage que dans le Guet-apens de Sam Peckinaph ou dans Mr. Majestyk du même Fleischer, l’année suivante) à Robert Forster, fiévreux à souhait. Surtout, en tueur roué qui peu à peu s’impose comme chef de clan mue par la vengeance, Frederic Forrest bouffe l’écran. Il est le véritable héros de ce film qui mérite mieux que sa piètre réputation, ourlé de la mélancolie d’un monde finissant. Sans être le meilleur film de Richard Fleischer ni son plus personnel en terme de mise en scène, The Don Is Dead doit être redécouvert, polar efficace et jouissif de première bourre.  (26.05.2025) ⍖⍖⍖


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