Après une première moitié de décennie décevante, alimentée par des films ternes (Les trois soldats de l’aventure) ou dont le thème dramatique (Les jeunes loups) ou comique (La mariée a du chien) lui convenaient mal et de laquelle ne se hisse que La lame nue, Opération Crossbow voit enfin Michael Anderson renouer avec l’action et la guerre en particulier, qui l’ont imposé à partir des années 50 comme un très solide technicien. Inspiré lui aussi de faits réels (l’identification et la destruction des bases où décollent les V1 et V2 allemands par les forces britanniques), il se rapproche des Briseurs de barrages (1955) qui demeure l’œuvre la plus accomplie du cinéaste, avec lequel il partage d'ailleurs les acteurs Richard Todd et John Fraser. Mais, délaissant l’authenticité et la psychologie au profit de l’efficacité au service d’un récit qui penche davantage vers l’espionnage et le thriller, la comparaison ne joue pas en la faveur d’Opération Crossbow qui, sans âme ni noblesse, ne peut prétendre égaler son aîné lequel, plus minutieux dans la restitution historique, plus émouvant dans sa description de soldats anonymes qui se sacrifient pour une cause plus grande qu’eux, réussissait à allier l’intime au spectaculaire. Par ailleurs, les personnages ne s’avèrent pas assez développés, à l’exception relative de ceux tenus par Lilli Palmer et Tom Courtenay, pour susciter une réelle émotion, au contraire là aussi de The Dam Busters dont le héros, l’ingénieur Barnes Wallis, nous touchait par son humanité et sa ténacité.
Malgré ces réserves, Opération Crossbow n’en demeure pas moins un classique du film de guerre des années 60. Tenant en haleine pendant près de deux heures qu’aucune longueur ne vient ralentir, il sait être concis et direct. S’il accouche d’un travail fonctionnel et sans beaucoup d’inventivité, Michael Anderson démontre sa maîtrise du suspense (l’arrestation de Tom Courtenay et toute la séquence qui en découle) tandis que la dernière partie dans la base de lancement des fusées laisse à penser qu’il aurait pu faire un très honnête réalisateur de James Bond. En outre, le film peut compter sur une distribution en béton armé, majoritairement issue du vivier anglais, de Trevor Howard à Anthony Quayle, de John Mills à Richard Johnson en passant par Jeremy Kemp et le déjà cité Tom Courtenay. Lilli Palmer, Paul Henreid, Ferdy Mayne et Anton Diffring assurent la caution germanique. Pour d’évidentes raisons commerciales, le premier rôle est confié à l’Américain George Peppard alors au sommet de sa carrière cinématographique (Diamants sur canapé, Le crépuscule des aigles), déjà à l’aise avec une mitraillette à la main. Quant à Sophia Loren, elle ne sert à rien, dans un long passage dont on devine qu’il a été écrit uniquement pour justifier sa présence en haut de l’affiche. Résultat, Opération Crossbow a plutôt bien échappé aux affres du temps, contrairement par exemple au poussif et poussiéreux Bataille d’Angleterre. Bref, de la belle ouvrage. (05.11.2025) ⍖⍖⍖
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