Richard Fleischer - Le prince et le pauvre (1977)


Après avoir enchaîné durant la première moitié des années 70 une remarquable série de films, de L’étrangleur de Rillington Place à Soleil Vert, de Terreur aveugle à Mandingo, des Flics ne dorment pas la nuit à Mr. Majestyk, Richard Fleischer connaît ensuite une fin de carrière en demi-teinte à partir de The Incredible Sarah (1976) et jusqu’à l’obscur Million Dollar Mystery (1987). Le prince et le pauvre affiche néanmoins encore une certaine tenue. On connaît tous cette histoire imaginée par Mark Twain : sosies, le prince de Galles et le gueux Tom Canty échangent leur vie, point de départ d’une folle aventure et matière à une fable sociale et politique qui n’était pas pour déplaire au cinéaste. Après la mort de Henry VIII, le pauvre s’apprête à être couronné tandis qu’Edouard, pris pour un fou, découvre la misère du bas peuple et entreprend à l’aide du mercenaire Miles Hendon, de reprendre sa place avant le couronnement. Entrepris dans le sillage des Trois mousquetaires (1973) qui relance un temps la mode du film de cape et d’épées (Royal Flash, Le pirate des Caraïbes) et avec lequel il partage producteur, scénariste (George MacDonald Fraser) et une partie du casting (Oliver Reed, Raquel Welsh, Charlton Heston), Le prince et le pauvre ne rencontrera toutefois pas le même succès, œuvre il est vrai totalement anachronique au moment où La guerre des étoiles triomphe sur les écrans et le couvre d’une épaisse couche de poussière. 


Mais il ne s’agit pas là de la seule raison de son échec commercial. Bénéficiant d’une production de qualité qui permet à Fleischer et à son directeur de la photographie, le grand Jack Cardiff, de reconstituer avec réalisme le Londres crasseux du XVIème siècle, le film souffre avant tout de l’interprétation sans charme et peu convaincante du jeune Mark Lester (qu’il ne faut pas confondre avec le réalisateur homonyme de Commando avec Schwarzenegger !) qui, dans ce double rôle, échoue à caractériser clairement les deux personnages. Par conséquent, les scènes les plus réussies sont finalement celles que dominent de vieilles gloires venues cabotiner en un luxueux défilé, de Charlton Heston à Rex Harrison en passant par Ernest Borgnine. Citons notamment l’épisode du Ruffian (George C. Scott) qui trône au milieu du repère des brigands et plus encore toute la partie qui voit Miles Hendon, de retour chez lui, découvrir que son frère (David Hemmings) l’a remplacé dans sa demeure et dans le lit de sa bien aimée (Raquel Welsh). Hirsute et colérique, Oliver Reed est assez extraordinaire dans la peau du mercenaire qu’il transforme en véritable héros du film qui, sans lui, aurait beaucoup moins d’intérêt. Embarrassé au surplus par un scénario réduit à une laborieuse succession de séquences pas toujours bien liées entre elles, cette énième adaptation de Mark Twain n’est pas honteuse mais semble décalée sinon inutile dans le paysage cinématographique de la fin des années 70. (11.06.2025)  ⍖⍖


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